Ukraine : Berlin s’achemine vers un accord de livraison des chars Leopard


Caractéristiques du tank allemand Leopard 2A4 afp.com - Guillermo RIVAS PACHECO

Sous pression depuis des jours, l’Allemagne a entrouvert mardi la voie à une autorisation pour les pays alliés de livrer des chars lourds Leopard réclamés avec insistance par l’Ukraine, promettant de répondre « avec l’urgence requise » à une requête en ce sens de la Pologne.

Mardi soir, deux médias allemands, le Spiegel et la chaine d’information NTV, ont même assuré que le chancelier Olaf Scholz allait donner son feu vert, probablement mercredi.

Le dirigeant allemand, qui doit s’exprimer mercredi à 12H00 GMT devant la chambre basse du Parlement allemand, donnerait aussi son accord aux pays, dont la Pologne, qui souhaitent livrer des chars Leopard 2 à Kiev, selon ces médias.

Parallèlement, le gouvernement ukrainien se débat dans le plus grand scandale de corruption depuis le début de l’invasion russe il y a près d’un an.

Quatre vice-ministres, dont celui de la Défense Viatcheslav Chapovalov, ainsi que cinq gouverneurs et d’autres responsables ont dû quitter leur poste dans la foulée de cette affaire, ont annoncé les autorités ukrainiennes.

A Berlin, le ministre allemand de la Défense Boris Pistorius a déclaré avoir « expressément encouragé les pays partenaires qui ont des chars Leopard prêts à être déployés à entraîner les forces ukrainiennes sur ces chars », au cours d’une conférence de presse à Berlin avec Jens Stoltenberg, le secrétaire général de l’Otan.

Ces déclarations constituent une avancée dans la position de l’Allemagne, où le gouvernement d’Olaf Scholz subit une pression croissante en vue de donner son feu vert aux pays partenaires qui le souhaitent pour qu’ils puissent livrer à l’Ukraine des chars d’assaut Leopard, de fabrication allemande.

Jusqu’ici, la Finlande et la Pologne se sont dites prêtes à le faire. Varsovie, qui veut créer une « coalition de pays soutenant l’Ukraine avec des chars Leopard 2 », a officiellement envoyé une requête en ce sens, dont la réception a été confirmée mardi par Berlin.

Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki a dit espérer une réponse rapide, « parce que les Allemands tardent, tergiversent, agissent d’une manière difficile à comprendre ».

– « Message clair »

Le chef de l’Otan, Jens Stoltenberg, a quant à lui salué le « message clair » du nouveau ministre allemand de la Défense, en poste depuis moins d’une semaine.

« De telles livraisons n’apporteront rien de bon » aux relations russo-allemandes, a en revanche réagi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

Selon les observateurs, ces chars sont susceptibles d’avoir un impact significatif pour les Ukrainiens face au rouleau compresseur des troupes russes qui reprennent un peu de terrain sur le front de l’est de l’Ukraine.

Lundi, la Pologne avait prévenu qu’elle était prête à se passer de l’autorisation de Berlin. Ce pays, qui se dit disposé à envoyer 14 Leopard 2 à Kiev, discute avec une quinzaine d’Etats à ce sujet, de nombreuses armées européennes possédant de tels blindés.

La crainte d’une escalade militaire avec Moscou et ses réticences à faire assumer à l’Allemagne un leadership dans le camp occidental expliquent les hésitations du chancelier, selon des analystes.

– L’Ukraine rattrapée par la corruption –

Pour l’Ukraine, le soutien militaire et financier des alliés occidentaux est crucial. Elle dit avoir besoin de centaines de chars modernes et d’autres armements pour une nouvelle offensive.

« Aujourd’hui, cela fait exactement onze mois depuis le début de la guerre à grande échelle. Le 335e jour. Un jour que nous passerons comme le 334e, unissant nos forces pour la victoire », a déclaré le président ukrainien Volodymyr Zelensky.

Ce jour est aussi marqué par le retour en force d’un mal endémique dans ce pays : la corruption.

Outre le vice-ministre de la Défense, celui de la Politique sociale et deux autres du Développement territorial ont été démis de leurs fonctions après un scandale de corruption présumé concernant des approvisionnements de l’armée, le premier de cette ampleur depuis le 24 février 2022.

D’autres limogeages avaient déjà récemment eu lieu en Ukraine, qui était classée à la 122e place sur 180 sur l’indice de perception de la corruption de l’ONG Transparency International en 2021.

Dimanche, le ministre adjoint des Infrastructures Vassyl Lozinsky avait été arrêté, accusé d’avoir reçu un pot-de-vin de 400.000 dollars pour « faciliter » l’achat de générateurs à des prix gonflés, au moment où son pays est confronté à de vastes coupures d’électricité à la suite des frappes russes sur les installations énergétiques.

M. Zelensky a par ailleurs demandé à son homologue français Emmanuel Macron que les athlètes russes ne soient pas autorisés à participer aux Jeux olympiques de Paris en 2024.

« J’ai particulièrement insisté sur le fait que les athlètes russes ne doivent pas avoir leur place aux JO de Paris », a déclaré sur Telegram M. Zelensky à l’issue d’un entretien téléphonique avec le chef de l’Etat français.

En Russie, les autorités ont enfin donné, pour la première fois depuis le début des hostilités il y a onze mois, le bilan des victimes civiles russes dans une région frontalière avec l’Ukraine : selon Moscou, 25 personnes auraient été tuées et près de cent autres blessées par des tirs ukrainiens dans la région de Belgorod.

LRC AVEC AFP

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