Manifestations en Géorgie: Moscou dénonce une « tentative » de coup d’Etat

Des manifestants anti-gouvernementaux en Géorgie devant le Parlement après le retrait d'un projet de loi décrié, à Tbilissi le 10 mars 2023 afp.com - STRINGER

La Russie a présenté vendredi comme une « tentative » de coup d’Etat occidentale les manifestations massives en Géorgie qui ont contraint le gouvernement à abandonner un projet de loi comparé par ses détracteurs à une législation russe répressive.

Après trois jours de manifestations de dizaines de milliers de personnes, parfois émaillées de violences, le Parlement géorgien a finalement révoqué vendredi ce projet de loi, comme l’avait promis le gouvernement la veille.

L’ex-président géorgien Mikhaïl Saakachvili, emprisonné depuis fin 2021, a salué la « brillante résistance » des manifestants face à « la force brutale utilisée contre eux ».

Il a aussi visé un ex-Premier ministre, Bidzina Ivanichvili, milliardaire qui a fait fortune en Russie avant de créer le parti au pouvoir, Rêve géorgien, à l’origine du texte controversé. « Aucune Russie avec son oligarque brutal n’est en mesure de les vaincre », a-t-il lancé sur Facebook.

Ce mouvement de contestation illustre la crise politique qui agite depuis plusieurs années la Géorgie, pays du Caucase candidat à l’UE où une partie de la population redoute une dérive autoritaire sur le modèle russe.

Les manifestants et l’opposition comparaient d’ailleurs le projet de loi abandonné à un texte en vigueur en Russie sur les « agents de l’étranger » et utilisé pour faire taire les opposants au Kremlin.

Mais la présidence russe a estimé que ce projet de loi décrié n’était qu’un prétexte, voyant dans le mouvement de contestation en Géorgie « la main » des Etats-Unis s’efforçant de provoquer « un sentiment antirusse ».

Il s’agit d’un « prétexte pour lancer une tentative de changement de régime par la force », a renchéri le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov, sans toutefois étayer ses accusations. Il a comparé les manifestations à la révolution de 2014 en Ukraine, que Moscou considère comme un coup d’Etat fomenté par l’Occident.

Concrètement, le projet de loi prévoyait de classer comme « agents de l’étranger » les ONG et médias recevant plus de 20% de leur financement de l’étranger, sous peine d’amendes.

– « Nous sommes l’Europe » –

Après le rejet du texte par le Parlement en deuxième lecture, près de 300 manifestants, selon un correspondant de l’AFP, se sont rassemblés vendredi dans le calme devant le Parlement, avec une légère présence policière.

« Le peuple géorgien a prévalu et continuera à se battre pour son avenir européen », s’est réjoui Saba Meourmichvili, un étudiant de 20 ans, au milieu de manifestants brandissant des pancartes « Nous sommes l’Europe ».

« Nous devons continuer à faire pression sur Rêve géorgien », a-t-il plaidé auprès de l’AFP, disant vouloir « préserver la paix et la liberté ».

Jeudi, la présidente Salomé Zourabichvili, une pro-occidentale critique du gouvernement mais dont les pouvoirs sont limités, a salué comme une « victoire » l’annonce du retrait du texte, en s’exprimant depuis New York.

Cela n’a pas échappé au porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, qui a souligné vendredi que Mme Zourabichvili « s’adresse à son peuple non pas depuis la Géorgie, mais depuis l’Amérique ».

C’est donc le signe que « la main bien visible de quelqu’un cherche à provoquer un sentiment antirusse », a ajouté M. Peskov, dans une accusation visant clairement Washington.

A l’inverse, le président français Emmanuel Macron a lui dénoncé des « pressions très fortes » pesant sur la Géorgie, sans nommer directement l’origine de ces tensions, tout en appelant à un « apaisement ».

L’annonce du retrait du projet de loi controversé avait été saluée jeudi par Washington et l’Union européenne.

Après cette annonce et sur fond de méfiance envers le gouvernement, plusieurs dizaines de milliers de personnes s’étaient rassemblées dans la soirée à Tbilissi, la capitale, pour une troisième soirée consécutive de manifestations.

Les deux premières nuits de protestations avaient été émaillées d’affrontements entre policiers et manifestants ainsi que des dizaines d’interpellations.

La Géorgie, une ex-république soviétique défaite lors d’une courte guerre contre la Russie en 2008, ambitionne officiellement de rejoindre l’Union européenne et l’Otan.

Mais l’emprisonnement de M. Saakachvili et plusieurs récentes mesures controversées du parti au pouvoir ont jeté le doute sur ses aspirations pro-occidentales.

LRC AVEC AFP

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